« Never Alone » : deux photographes italiennes racontent dix ans de teknivals européens (1997-2004)

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Culture & histoire

Cheyenne Clementi et Valentina Morandi publient plus de 160 photographies argentiques de la scène free-party européenne, de Bologne à CzechTek. Un patrimoine visuel de l'intérieur.

L'annonce

Deux photographes italiennes, Cheyenne Clementi et Valentina Morandi, publient un livre de photographies intitulé Never Alone: 1997-2004 Raving in Europe. Plus de 160 tirages argentiques originaux qui documentent, de l'intérieur, la scène free-party et teknival européenne au tournant des années 2000. L'annonce est relayée par DJ Mag le 16 juillet 2026.

La singularité du projet tient à la position des deux autrices. Elles ne racontent pas la scène - elles en viennent. Morandi a co-fondé en 1997 le Tekno Mobil Squad, sound system crew italien nomade. Clementi et elle sont donc à la fois participantes et documentaristes. C'est ce que résume la phrase liminaire du livre, telle que citée par DJ Mag : « Ce fut notre vie pendant près de dix ans. Ces photographies ne documentent pas le monde de quelqu'un d'autre - ce sont nos photographies de nos amis, de nos fêtes, de nos vies. »

Ce que raconte l'ouvrage

Le corpus couvre près d'une décennie de fêtes, dans plusieurs pays :

  • Bologne (Italie), 1999 - Tequinox
  • Fucecchio (Toscane)
  • Granada (Espagne), 2002 - Dragon Festival
  • CzechTek (République tchèque), 1999
  • Barcelone, réveillon 2000/2001 - une free-party de deux semaines dans une usine désaffectée
  • Portugal et différents points d'Espagne

Ce qu'on y voit, si l'on en croit la présentation du livre : les gros sound systems, mais aussi les moments de bord de piste, les cuisines improvisées, les petits matins. C'est une scène post-UK, décentralisée, qui a essaimé sur le continent quand la loi britannique - le Criminal Justice and Public Order Act de 1994 - a rendu de plus en plus difficile la tenue de raves illégales sur le territoire anglais.

Le lignage : de Spiral Tribe à Tekno Mobil Squad

L'histoire est connue mais mérite d'être rappelée. Après 1994, une partie des collectifs sound system britanniques - au premier rang desquels Spiral Tribe - quitte le Royaume-Uni pour traverser la Manche et essaimer en Europe continentale. L'Italie, la République tchèque, la France, l'Espagne et le Portugal reçoivent, absorbent et prolongent ce mouvement. CzechTek en Bohême devient l'un des rassemblements emblématiques ; Tekno Mobil Squad l'un des équivalents transalpins.

C'est cette généalogie que documente Never Alone : la trace, en photographies, d'un déplacement culturel autant que musical. Pour un lectorat DnB / jungle, il faut le lire ainsi : la culture free-party et teknival est cousine, pas jumelle, de la jungle britannique - même racine breakbeat, même culture sound system, mêmes acteurs par moments, mais un ADN sonore qui bifurque vers la tekno hardcore plutôt que vers l'idiome jungle des Metalheadz, Reinforced ou V Recordings. Il n'empêche : ce qu'on voit en photographie chez Clementi et Morandi - les stacks d'enceintes, les DIY d'accrochage, la logique de nomadisme - appartient au même monde que celui de la jungle 90s.

Pourquoi ça compte

Deux raisons.

D'abord parce que la patrimonialisation de la culture rave est en cours, et qu'elle vient largement du Royaume-Uni : expositions Spiral Tribe à Londres, expositions Bristol jungle, dossiers muséaux sur la sound system culture. Never Alone est un contrepoint continental utile. Il rappelle que la scène des années 1997-2004 n'était pas britannique, mais européenne, et que la mémoire visuelle du mouvement se joue aussi à Bologne, à Prague et à Grenade - pas seulement à Bristol ou à Londres.

Ensuite parce que le livre est écrit de l'intérieur. On n'est pas dans le regard sociologique du photographe extérieur venu documenter « la jeunesse électronique ». On est dans l'archive de famille, celle de deux protagonistes qui ont vécu ces années. Ce type de source - subjective assumée, mais chronologiquement située - est précieux pour l'historiographie de la scène, en complément des ouvrages classiques (Simon Reynolds Energy Flash, Matthew Collin Altered State).

À lire, à voir, à archiver

On attend le livre pour se prononcer sur la qualité éditoriale du tirage, la profondeur des légendes et l'appareil critique. Mais dans l'intervalle : c'est le genre de publication qu'un magazine comme DBN Link couvre parce qu'il documente le sol commun où se sont formées, en Europe, les cultures qui ont donné jungle, drum and bass, breakbeat hardcore et teknival - parfois séparément, souvent ensemble.

Notre rédaction
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MaraChroniqueuse culture & histoire
Amara Diallo écrit sur la jungle comme un continent culturel : de Kingston à Bristol, de Metalheadz aux sound systems contemporains.
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