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Aux côtés de Dave et Kojey Radical, Nia Archives figure sur la shortlist du Mercury Prize 2026 - la cérémonie se tiendra le 22 octobre à Newcastle. Signal de plus que la jungle a cessé d'être un genre de niche aux yeux des jurys britanniques.
Le jury du Mercury Prize 2026 a dévoilé sa shortlist. Parmi les nommés : Nia Archives, Dave et Kojey Radical. Le lauréat sera annoncé le 22 octobre 2026 à l'Utilita Arena de Newcastle.
Ce n'est pas un détail. Le Mercury Prize est, depuis 1992, le prix britannique qui reconnaît l'album de l'année sans distinction de genre - une machine à consacrer les moments-charnières de la musique UK, du Screamadelica de Primal Scream (1992) au Boy in da Corner de Dizzee Rascal (2003).
Nia Archives - artiste britannique passée par le Nord de l'Angleterre avant Londres - porte depuis le début des années 2020 un projet qui refuse la mise sous cloche patrimoniale : la jungle n'est pas pour elle un objet muséal, c'est une matière vivante. Sa signature - breaks accélérés, voix soul, samples soigneusement digérés - replace le genre dans une continuité qui va des sound systems jamaïcains au hardcore continuum théorisé par Kode9, sans jamais s'excuser de faire danser.
Il faut mesurer la distance parcourue. Pendant les années 1990 et 2000, aucun album de jungle ou de drum & bass n'a fait partie du cercle restreint des lauréats du Mercury - le genre a longtemps été jugé trop rapide, trop rave, trop populaire pour le prestige des jurys britanniques. Le tournant Silence Is Loud (2024) - premier album de Nia Archives, déjà shortlist du Mercury Prize la même année - a commencé à fissurer ce mur. Une seconde présence sur la shortlist en 2026 le confirme.
Rappeler pourquoi c'est un signal - pas une anecdote - suppose de tenir la ligne. La jungle est née à Londres et dans les Midlands entre 1991 et 1993, de la rencontre entre le hardcore rave britannique et la culture sound system caribéenne héritée des vagues d'immigration jamaïcaine des années 1960-1970. Ses fondations sonores viennent de Studio One et de King Tubby autant que des breaks accélérés d'Amen Brother. Des labels comme Reinforced (Marc Mac, Dego), Metalheadz (Goldie), V Recordings (Bryan Gee, Jumpin Jack Frost) et Congo Natty (Rebel MC devenu Congo Natty) ont bâti le canon dans les années 1990.
Ce que Nia Archives reprend, elle le sait : la jungle n'appartient à personne, mais elle vient de quelque part - c'est une position qu'elle défend publiquement depuis ses premiers projets. Sa présence sur la shortlist 2026 arrive après une année où le genre a retrouvé une actualité dense - nouveaux albums, remises en circulation historiques, et une génération de productrices et producteurs UK qui s'inscrivent dans le lignage sans folklore.
Le Mercury Prize 2026 sera remis le 22 octobre à l'Utilita Arena de Newcastle. Les autres shortlistés côté rap et écriture - Dave, Kojey Radical - signalent aussi la vitalité d'une scène UK qui ne cherche plus la légitimation dans un rock britannique en perte d'énergie créative. Que la jungle y ait une nommée en 2026 n'est pas un gimmick de rattrapage : c'est un jury qui écoute enfin ce qui se joue dans les clubs et les stations pirates depuis trente ans.
Le nom du lauréat sera connu le 22 octobre. En attendant, la nomination elle-même est le fait à retenir. Elle prolonge le fil que nous suivons depuis les singles avec Jorja Smith et la sortie d'Emotional Junglist - celui d'une artiste qui refuse à la fois le repli underground et l'aplatissement pop, et que le mainstream britannique commence à devoir prendre au sérieux.
Nia Archives — cycle album « Emotional Junglist »